lundi 23 avril 2012

Les sonnets de sonnettes


BRUXELLES EN SELLE
100 000 000 000 000 de Sonnets de Sonnettes

Voulez-vous savoir comment composer cent mille milliards de sonnets de sonnettes à Bruxelles ?

Admettons que la réponse soit oui ; voici donc comment composer cent mille milliards de sonnets de sonnettes à Bruxelles.

Rassemblez à Bruxelles un peloton de 10 cyclistes, sous la direction d’un Commissaire et d’un Éclaireur.

Le Commissaire et l’Éclaireur auront prémédité un trajet en quatorze étapes : autant que de vers dans un sonnet.

Au départ, à supposer que son Villo se détache de la borne magnétique, le Commissaire annonce un mot qui conclura le premier vers, par exemple « ville ».

Ce premier vers sera composé dans la tête de chaque cycliste au cours de la première étape.

À première vue, seulement 10 sonnets sont en chantier ; mais beaucoup plus on comprendra tantôt pourquoi.

Les rimes successives s’inspireront un peu du parcours, beaucoup de la verve du Guide ; par exemple : ville - file / tzar - bazar / sirène - freine (ou reine) / prison - horizon / antenne - ancienne / deux - feux / selles - Bruxelles.

Les vers sont transcrits sur un carnet chaque fois que le peloton s’arrête.

À l’instant où la sonnette du Commissaire tinte, le peloton repart.

Alors, moulinant du pédalier, les cyclistes composent dans leur tête le vers suivant.

Ce vers est noté quand le peloton s’arrête à nouveau ; et ainsi de suite.

Il ne faut pas écrire en pédalant.

Il ne faut pas composer quand le peloton est arrêté.

Le dernier vers est transcrit à l’arrivée.

Si par malchance le peloton perd un cycliste, c’est toujours un moment délicat de cent mille milliards de sonnets de sonnettes.

Mais comme tout finit par s’arranger à Bruxelles, on se retrouve tôt ou tard pour lire au choix un parmi les 10 premiers vers ; quelqu’un enchaîne sur l’un des 10 deuxièmes vers (100 distiques potentiels) ; ces 100 combinaisons précèdent indifféremment un quelconque des 10 vers suivants (1.000 tercets) puis des 10 suivants (10.000 quatrains), et ainsi de suite jusqu’au quatorzième vers : cent mille milliards de sonnets de sonnettes auront bien été composés le temps d’une balade à vélo.

Lors de la lecture, un carillon de sonnettes ponctue la fin d’un sonnet et annonce le suivant.

(d’après Jacques Jouet, « Poème de métro »)


Hermès aux pieds de marbre me dit : « C'est par là, ta ville ».
Une jeune vierge oulipienne et charnue invite à lire, le groupe attend, je file.
Mais, qu'allait-il donc faire dans cette galère, ce Tzar ?
Léopold II encore un barbu en djellaba, quel bazar !

La ligne de vie Peter, c'est que jeux de sirènes.
Sur son vélo devant l'académie, le schizo-freine.
Ô rimes, ô raison, cette tête est ma prison.
Surréalisme, la belgitude est ton horizon.

Marre-asthme, et malheur, ciel peuplé d'antennes.
Mon dieu, tout ça… c'est que d'l'histoire ancienne.
Alors regarde lui les yeux, les deux.

Elle a d'un demi-dieu le feu.
Quand elle brûle mes fondements, la selle.
Je m'souviens, t'étais si belle Bruxelles…


Daniel

Hermès au pied d’argile écume la ville.
Dans les bas-fonds de savantes vierges défilent.
Transi d’amour attendre la sortie du tsar.
Grelottant sur un étalon de bazar.

Peter & Pan de concert chevauchent la Sirène.
Éperdus on s’aligne devant Marguerite la Reine.
Un hibou poète lorgne le bleu de la prison.
Ivre de café, ça hurle « Terre à l’horizon ».

Sur le chemin de croix se dressent quinze antennes.
Dans un demi-sommeil on rêve d’un flou à l’ancienne.
Et joyeusement nous fîmes l’amour bien plus qu’à deux.

Jamais, lui dit-il, mon cœur ne brûla d’un tel feu.
Mais sans votre nez, vous descendrez marri de votre selle.
Celle qui à vos yeux tant augmente : la beauté de Bruxelles.


Jacqueline



Hermès au pied léger ou Villo à ville.
Je suis le vieil indien qui ne marche pas à la file.
Dans quel sens tourne la gidouille au tsar ?
Mariette était vendeuse au Grand Bazar.

Quelle ligne mélodique suit la sirène ?
Il demande à être élagué, ce pleureur frêne.
Il n'y a pas d'enjambement en prison.
C'est loin c'est bleu : horizon, c'est plat l'horizon.

Demander à Victor Serge de faire rimer antenne.
Avec un pot-au-feu mijoté à l'ancienne.
La loi permet aux cyclistes de rouler par deux.

Circulons en respectant mes illusions feues.
Saisissant mon vélo par le nez de la selle.
Du fond de l'océan des étoiles à Bruxelles.


Jean-Michel

Sur un vélo caduc, je dévale la ville.
Au parc, de chemins en bassins, je file.
Au fin fond, ma petite reine séduit un tsar.
Palais, parcs, écuries, statues : quel bazar !

Et quel pétard ! Klaxon, dringdring, sirène.
Rois, barons, comtes, mais pas la moindre reine !
Vite, des châteaux, descendons aux prisons.
Les geôles bruxelloises ouvrent l'horizon.

Le ciel strié de clochers et d'antennes.
Les jardins profusent d'espèces anciennes.
Les bicyclettes se reposent deux par deux.

On ignore le rouge de tous les feux.
Je suis bien posée sur ma royale selle.
En roue libre, à moi les parcelles de Bruxelles !


Marianne

J'arrive en ville.
Sans mon coupe-file.
J'embrasse le tsar.
Je me dirige vers le bazar.

Écoute ô sirène !
C'est l'anniversaire de la reine.
La reine va voir Verlaine en prison.
Verlaine n'a plus d'horizon.

Caressons-nous les antennes !
Souvenir de rimes anciennes.
Avec Arthur lent pas de deux.

On a brûlé tous les feux.
Temps de remonter en selle.
Et dire adieu à Bruxelles.


Marie-Hélène

On regarde vers Athènes et vers toutes les villes.
Les guerriers s'éparpillent puis ils se mettent en file.
La banque s'est cachée en ignorant le tsar.
Malgré toutes les couleurs c'est bien le grand bazar.

Les remparts se fissurent entraînant les sirènes.
Certaines voix s'élèvent, il est temps que l'on freine.
Nos pulsions sans limites, nos pensées en prison.
Il faut lever les yeux et scruter l'horizon.

Même si on y voit plus de cent mille antennes.
Il faut s'imaginer comme c'était à l'ancienne.
Un soleil, une lune, un gros nuage ou deux.

Tout ce qui nous importe est de garder le feu.
Chacun son mot, chacun son tour, chacun sa selle.
À l'impossible nul n'est tenu sauf à Bruxelles.


Marie-Hélène

S'effilochent les drapeaux et gerbent les eaux de la ville.
Gisent les statues, sur le boulevard la vie défile.
Du passé faisons table rase, mort au tsar !
Pattes en l'air, pattes en terre, Léopold, quel bazar !

Il traverse le boulevard et dans l'écurie rejoint six reines.
D'un regard dans l'entrejambe de Peter, une belle hésite et freine.
Tant de concurrence et le cœur en prison !
Il me reste à me porter vers d'autres horizons.

Ainsi va l'amour, les peines finies se dressent les antennes.
La passion présente gomme les amours anciennes.
Et on se vautre à quatre et on se vautre à deux.

La vie s'avale, se boit toute flamme tous feux.
À peine levé on se réchauffe une soupe au vermicelle.
Quand me feras-tu des choux de Bruxelles ?


Philippe

Flottent les drapeaux aux frontons des palais de la ville.
Dans un grand et paisible écran de verdure où les gisants défilent.
Au fil de l'histoire c'est dans cette fontaine que s'épanche le tsar.
Un corbeau dépèce une tartine loin du boulevard et du bazar.

Fermons les yeux dans le calme du parc où s'estompent les sirènes.
Écoutons la flûte de Peter Pan juché sur un tronc de frêne.
Que ces trilles puissent réchauffer Verlaine en prison.
Dans l'obscurité des trappes s'assombrit l'horizon.

La vie s'écoule avec la lenteur d'un escargot sans antennes.
Et les pleurs se taisent sur les briques anciennes.
Mais si c'est à chaque jour sa peine encore faut-il être deux.

Et les rues sont longues la nuit quand clignotent les feux.
Alors on prend un verre, deux, d'autres pour se remettre en selle.
Laissons-nous griser par les belles de Bruxelles !


Philippe

Qu’on se le dise et dise : que de mieux que la ville.
Bruxelles comme modèle d’ainsi, qu’importe les files.
Le fait d’engins fumeux ou non et rois et tsars.
La ville comme on l’a vue - c’est un fameux bazar.

La mouille est ici pluie et non mer à sirène.
Pourtant des sirènes, y en a, faut qu’on freine.
Des sirènes, loulou de Cabaret… puis prison !
À vous, compère : perdez pas de vue l’horizon.

Qu’il en soit ainsi, ou recours à l’antenne.
L’antenne porteuse trouble des vérités à l’ancienne.
Peu chaut d’y croire là, elles peuvent être encore deux.

Ou : plus et plus qu’y voir, le trop plein mit pleins feux.
Toujours y veiller fort, car il le faut, être en selle.
Tout pourtant a une fin, sauf, qui sait, à Bruxelles.


Robert K

Athènes des pinceaux là-bas pointe la ville.
Où puiser ? Aux bas-fonds le peloton défile.
Pressé le prince Orange a dépassé le tsar.
Qu'affiche Léopold, la barbe ou le bazar ?

Monsieur nommé de Ligne a pêché la sirène.
D'homme aux nougats givrés Yourcenar soit la reine !
Septante-trois Verlaine honora la prison.
Geert Van Bruane assis aplatit l'horizon.

Découvre-toi passant : ni le chef ni d'antenne.
Tout déférent salue une Belgique ancienne.
Là s'il compte ses pieds, Pochet s'arrête à deux.

Lacan brûlait là quand gicla le dôme ô feux !
Moulinent sept vélos, quatorze arpions sous selles.
Remémoration d'amicale Bruxelles.


Robert R
Photos : Philippe Clément - Marie-Hélène Lemoine

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire